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ehuade
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Date de création :
18.01.2008
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(Lettres d'Ehuade) SUPPLICATION D’UN LAISSE POUR COMPTE

(Lettres d'Ehuade) SUPPLICATION D’UN LAISSE POUR COMPTE

Posté le 22.01.2008 par ehuade


Il y a longtemps que je suis assis face à moi même, face à ce tout de l'existence et j'ai du mal à m'identifier. Je vois plutôt le néant, le gouffre. Je regarde dans la profondeur de ce trou et je m'aperçois qu'il est sans fond. Je ne vois rien. Je ne vois pas le moindre signe qui donnerait un sens à ce pourquoi je suis là. Je ne vois rien peut-être parce qu'il il y a rien à voir ou parce que les yeux de celui qui regarde appartiennent à un "Rien" que je ne voudrais si j'étais dans mon état normal et conscient n'être pas cet homme et pourtant, je me sens concerné mais peut être que j'en suis conscient mais que je refoule cet état au fond de moi qui lui, me le revoie le projetant devant mes yeux. Ai-je vraiment tout perdu au point de ne plus m'apercevoir, de ne plus me retrouver dans cet espace ? Ma vie se résumerait-elle réellement à rien? Je suis au crépuscule de mon existence et je ne perçois pas toujours la lumière de la délivrance. Je suis de plus en plus envahi par le doute mais pourtant, je n'ai pas le droit de me laisser aller à la dérive et de perdre le seul lien qui me rattache à cette existence, l’espoir. Pas le droit de défaillir parce que, je draine derrière moi des vies innocentes.
Le froid glacial de la solitude, mon seul compagnon me crispe et engourdit mes membres, réduit mes forces, expose mon Etre aux coups. Le simple souffle me glace les os. Les yeux, rouges sang comme pétrifiés, regardent l'immensité de l'espace et confirme le rien que je sens être. Placé au milieu de ce vaste océan, je ne suis pas seulement spectateur d'une dualité inégale mais acteur impuissant d'une domination dont seules mes illusions aujourd'hui affirmées me donnent des raisons d'espérer et me tiennent en vie. Face à moi même, je contemple médusé cet espace plein et écrasant mais vide d'une existence mal maîtrisée et j'égrène le regard hagard fixé sur cette étendue, comme cherchant à m'accrocher à quelques espoirs égarés et furtifs, laissant apparaître cette expression lourde de questions qui exprime toute la profondeur de mon émoi. M'interrogeant sur le sens de ma vie et la raison de ma situation et je m’aperçois que pour la première fois j'ai peur et n’ose plus donner de réponse à mes questions que je ne saurais maîtriser la chute.

Lorsque je fais le bilan de mon parcourt existentiel, le résultat se mesure à la hauteur d’une négation proche de nul, de "rien" à moindre ce soit moi ce Rien que j'essaie de positiver, d'humaniser pour donner un sens à cette vie vide. Cette analyse me plonge dans un désarroi de plus en plus profond et inquiétant parce que vulnérable à cette irrationalité où tout se compose et se décompose et qui semble m'échapper. Je veux être ici et pourtant l'appel de là bas se fait insistant. Ma position et ma souffrance de "ici" me livrent à cet appel de "là bas" qui laisse entendre que c'est plus paisible et plus rassurant. Suis-je vraiment rien au point de me laisser tenter de répondre à un appel de désespoir pour ceux qui resteront ici et d'espoir de repos pour moi qui a décidé encore faut-il que je sois maître de cette décision d'aller là bas ? Ne confirmerais-je pas alors, la négation de ce rien qui pour me rassurer, je le situe dans l'espace temps et à l'immensité de cet espace qui tient la main à ce tout dans lequel je me sens inexistant ? Si je résiste à cet appel n'est-ce pas parce que je ne suis pas "rien" dans son caractère négativiste, j'essaie de me rassurer même si dans la synthèse de cette existence, je n'ai rien qui justifierait sa positivité ?. J’ai besoin de me rassurer pour continuer d’exister.
Le temps est pour moi est le facteur le plus important. Mon embarcation fragilisée par le poids et les tourbillons du temps et par les éléments de l'espace au milieu duquel je me trouve, ne me rassure guère. Je suis plus prêt de la noyade que d'espoir de voir apparaître une main secourable et sûre.
Tout m'échappe, les fruits de mon existence que je ne voit pas mûrir, que je ne participe pas à leur bien être, à leur croissance. Ma torture est grande et mon mal profond.

Je ne saurais exprimer tout le sentiment que j'éprouve en ce moment, sinon le regret de violer la bonne séance et peut-être d'avoir fait naître en toi des doutes. J'avais le sentiment de me connaître avant de me lancer solitaire sur cet océan de « tout est possible » où le pouvoir des autres à eu raison de mon vouloir même si je persiste à croire que j'avais raison d'essayer ne regrettant pas l'avoir fait, je reconnais avoir été un peu léger. J'ai vécu le revers, le retour de bâton d'un utopisme imprudent mais je continue à croire en l'homme et à espérer qu'un jour il parviendra à trouver un système plus équilibré à défaut d'un système juste. Car comme le dit Bob Dilan "Quiconque ne s'applique pas à renaître, s'applique à mourir" et c'est au nom de cette vérité immuable que je me permets d'espérer parce que je me refuse de mourir.

Ma situation sur cet océan est d'autant plus compromise que je n'ai personne pour donner l'alerte et signaler ma disparition. Je n'ai pas beaucoup d'amis pour ne pas dire pas du tout capable d'ameuter les hommes de pouvoir pour qu'ils se penchent sur ma situation encore moins pour me tendre la main. Tendre la main dans cet espace en furie, de toutes les confusions, où tout devient dérisoire, insignifiant au milieu de nul part, n’est pas chose facile. Je comprendrais donc, que face à ses vagues, à ses houles, tu mesures autrement la portée de l’action de secours que tu voudrais bien entreprendre et que hésitant, tu décides de te laisser emporter loin te convaincant que ma position n'est pas plus dramatique qu'un autre et que certainement quelqu'un d'autre me verrait et me secourrait.
Je suis aujourd'hui l'ombre de moi même et la dépression me gagne d'autant plus que je m'avance dans le temps qui refuse de m'accorder plus que je n'ai droit. Mes enfants sont encore très jeunes et le temps veut avoir raison d'eux et faire d'eux des marionnettes de l'espace et des hommes et c'est là, la raison de mon entêtement que je prie de pardonner.

Confronté à cette dualité, de ce que je suis, à l’évidence de ma vie presque vide qui défile devant moi, de celle de vouloir protéger des vies , de déroger aux règles de la bienséance et de l’amitié et celle de refuser de t'imposer une situation, je ne sais plus. Esseulé et à bout de souffle dans cet océan glacial , je ne peux me permettre accepter comme une évidence mon sort et cette impossibilité qui semble s'imposer à moi comme d'une évidence, me laissant aller à la dérive au bon vouloir des flots sans avoir tenter l’insaisissable. Lancer l’appel qui défie toutes les logiques de voir dans son dernier sursaut, une main tendue venue de nul part.

Sachant que le rien n’a la valeur que l’on lui donne ou selon comment il est défini et où l'on le place, si je me considère comme un Rien positif, parce que, je me suis toujours battu pour devenir et non être le fruit d’une fatalité me contentant de survivre évoquant l’irrationalité pour excuser mon manque de volonté, ma peur d’entreprendre, si je plaide coupable , je ne regrette pas d'avoir essayé. Puis-je espérer bénéficier de ta part des circonstances atténuantes pour que je puisse dire pour la première fois de mon existence "aujourd'hui le soleil se lève pour moi"

La dignité de l'homme ne résidant pas dans sa capacité à demander et à recevoir, mais de la qualité de la main qui donne et surtout de sa capacité à pouvoir transformer l'acte en élément de pouvoir pour ne plus avoir à redemander, je lance donc cet appel d'espoir sous la forme d'une prière que j'intitule.

Prière pour un travail.

« Si exister se résume au simple fait de penser,
C’est l’existence qui donne de la valeur à la pensée.
Si la valeur de l’existence est associée à la pensée,
Elle devrait faire de moi un homme meilleur.
S’il n’y a pas de meilleur sans participation,
L’Etre que je crois être n’est qu’illusion.
Et si je suis une illusion mon existence s’annule.

Je ne veux pas être l’ombre de rien
Mais mon vouloir est à l’image de ce que je suis.
Le pouvoir est absent de moi et conditionne mon vouloir.
Perdu et désemparé j’ose espérer une oreille attentive,
Un cœur ouvert d’homme de pouvoir,
Pour donner vie à mon vouloir
Qui ne demande qu’a pouvoir.

Mon vouloir ne peut donner que ce qu’il a
Motivation, détermination, disponibilité
Puisse le pouvoir lui accorder
Solidarité, compréhension, confiance, opportunité
Pour que vive réellement mon Moi désemparé.
Je suis qui je suis, merci de l’accepter.

Si je retire de la fierté de qui je suis,
La valeur de ce que je suis ,
dépend d’éléments hors contrôle de qui je suis
Et de la participation à l’émulation de qui je suis.
Cette participation dépend du vouloir du pouvoir
Qui influe sur ce que je suis et susceptible d’être.

Penser ne suffit pas pour Etre
Et pour affirmer mon existence .
Il me faut accompagner cette existentialité,
Cette pensée d’actes concrets et participatifs.
L’existence même de qui je suis en dépend.
Mon vouloir sans pouvoir,
Assujetti au pouvoir du vouloir de l’autre,
Me trouble et me désoriente car je suis dépendant.
Je ne peux donner vie à mon vouloir
Si le maître du pouvoir de mon vouloir m’ignore.
Réalité des pouvoirs consensuels dont je suis tributaire
Pour laquelle, je ne peux que me soumettre si « je » veut vivre.

L’homme que je suis au dedans de moi se désagrège.
Puisse t-il en cette période où les cœurs s’ouvrent,
Les âmes laissent pénétrer ou entrevoir un peu d’humanité
Révéler les vôtres pour que s’accomplisse le plus bel acte
La main tendue pour redonner confiance et vie.
Si aider est pour vous le plus beau mot
Dans un monde d’égoïsme exacerbé
Alors

Aider moi à me reconstruire et non pour m’assister
Intervenez pour ma dignité et non pour la réduire ou l’annihiler
Donner pour ne plus avoir à le faire
Edifier sur du solide votre solidarité et votre générosité.
Répondez pour rendre vivant et meilleur un classé Rien..
Merci d’écouter ma prière.
Merci de me faire confiance
Merci de libérer le pouvoir de votre vouloir,
Pour donner une "chance" au pouvoir à mon vouloir
Merci de ne pas me laisser au bord de la route
Me jetant quelques piécettes
Et faire de la générosité une insulte.
Merci de m’aider à devenir libre
Et non esclave des pouvoirs.
Merci de faire de la solidarité
Un véritable pouvoir d’émergence.
Seul le TRAVAIL construit
Et rend à l’homme sa dignité.
Alors Merci mille fois de m’en donner. »



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